Partie 1 : la spirale infernale du burn out
Il y aurait en France 3,2 millions d’actifs qui seraient en “surengagement“, situation les disposant à basculer vers le burn out, si l’on en croit l’étude de notre confrère Technologia sur le sujet, parue en ce mois de mai 2014. Mais pas n’importe quel type de burn out : le terme, désormais largement vulgarisé, est utilisé le plus souvent à tort et à travers, pour exprimer tout autre chose (charge de travail ponctuelle, surmenage passager voire dépression). La définition qu’en donnent les scientifiques (Enzmann) précise que le burn out (syndrome d’épuisement professionnel en français ou SEP) est “un état d’épuisement physique, émotionnel et mental résultant d’une exposition à des situations de travail émotionnellement exigeantes” ; le phénomène est dûment documenté par les scientifiques et praticiens de la santé mentale. Ceux-ci s’accordent sur 5 composantes clés pour caractériser le SEP :

  • Des symptômes physiologiquement identifiés, comme la fatigue physique et mentale dès le lever évoluant vers l’épuisement voire l’effondrement et la dépression réactionnelle ;
  • Des symptômes spécifiques physiques (troubles du sommeil, insomnies fréquentes, douleurs articulaires et tendineuses, céphalées, migraines, malaises, vertiges, problèmes dermatologiques, troubles cardiovasculaires…), mentaux (émotionnels : perte de contrôle des émotions, fluctuation de l’humeur, angoisses, idées de persécution, irritabilité… cognitifs : perte d’enthousiasme et d’idéal, désillusion, ruminations professionnelles, idées fixes, doutes, troubles de concentration et de mémoire, difficulté à résoudre des tâches connues, difficultés à prendre des décisions…) et comportementaux (accès de rage, attitude de retrait sur soi, distanciation vis-à-vis d’autrui, isolement social, conflits conjugaux et familiaux, cynisme, opposition au changement, augmentation de comportements à risque, négligence des activités de loisir, négligence vestimentaire et de l’hygiène corporelle, consommation de substances nocives pour autostimulation…) ;
  • Une affection directement rattachée au travail ;
  • Des travailleurs préalablement reconnus comme performants et sans passé psychopathologique particulier ;
  • Une baisse inéluctable de leur efficacité et de leur performance.

Le processus psychopathologique du SEP se déroule en quatre phases. Préalablement, le travailleur est pleinement engagé dans son travail. Il ressent une satisfaction intense à travailler, sa valeur travail et son idéal de soi professionnel sont forts : vigueur, implication, absorption caractérisent son état d’esprit, son image de soi (ressources personnelles telles qu’il se les représente) lui laisse à penser qu’il est en mesure d’accepter et de gérer les aspects négatifs de son travail. La deuxième phase se caractérise par le surengagement ; du fait d’un travail de plus en plus excessif, le travailleur commence à subir l’envahissement de sa sphère privée, concomitamment à la diminution du plaisir à travailler et à l’augmentation proportionnelle de son anxiété car son idéal de soi devient de plus en plus inatteignable, il commence à baisser en estime de soi (autoévaluation de sa capacité à atteindre son idéal de soi professionnel). Puis vient la troisième phase d’acharnement, phase de rupture : le travailleur s’obstine frénétiquement pour faire face à la surcharge de travail. Il ne parvient plus à atteindre les résultats permettant d’accomplir son idéal de soi, son estime de soi s’effondre, son image de soi commence à être altérée. Il ne ressent plus aucun plaisir à travailler, son anxiété devient importante : le travailleur subit des niveaux très élevés de travail excessif et compulsif. Si le travailleur dépasse ce stade, il bascule alors dans la phase d’épuisement : le travailleur subit un effondrement intérieur, il peut décompenser de façon aigue. Son estime de soi est anéantie, il a perdu tout espoir de surmonter ses difficultés professionnelles. Son retrait émotionnel est quasi-total, il manifeste un cynisme excessif, son manque de flexibilité est systématique face à toute demande de changement, il est dans l’impossibilité d’exprimer son incapacité de continuer à faire son travail. Le travailleur n’est plus capable d’empathie, de compassion, de soutien envers autrui, qu’il réduit à l’état d’objet. Son image de soi étant altérée, il se sent inutile, bon à rien, mauvais à tout. Il peut alors basculer dans la dépression réactionnelle, voire tenter de se suicider.

12,6% de la population active serait ainsi en surengagement, i.e. la deuxième phase du processus décrit ci-dessus. Ces travailleurs cumulent travail excessif (surcharge de travail chronique et/ou intense) et travail compulsif (exclusivité du travail au détriment des autres sphères de vie). Bien que n’étant pas encore dans la phase de rupture, ils présentent un risque élevé de développer un syndrome d’épuisement professionnel (SEP, équivalent français de burn out). Ainsi, plus d’un travailleur sur 10 vit son travail comme une obligation et non comme une possibilité d’engagement positif ; il oscille entre hyperactivité et abattement, l’anxiété prenant largement le pas sur le plaisir au travail, alimentant son mal-être. Cet état entraine un sentiment d’inefficacité personnelle, le travailleur a tendance à reprendre à son propre compte les failles de l’organisation du travail et de prendre sur lui pour les combler, ce qui nuit à sa performance et menace sa santé. Ce sentiment d’incapacité est source de stress. Ce stress prolonge augmente le risque de conduire le travailleur à une rupture d’adaptation, révélant un déséquilibre entre les exigences professionnelles de son employeur et ses ressources. A ce stade du processus de SEP, il est encore temps d’agir. Car si l’exposition perdure, l’individu bascule du côté obscur du burn out, épuisant toutes ses ressources pour tenter de faire face, il accroît fortement la probabilité que s’installe un état plus nocif, l’épuisement professionnel avéré et des pathologies associées : maladies cardio-vasculaires ou dépression pour les plus graves, du fait de son mal-être persistant.

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